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Décès du souverain pontife - Jean-Paul II, le parcours d'un pape

LCN

Décès du souverain pontife

Jean-Paul II, le parcours d'un pape

Mise à jour : 02/04/2005 15h06
 

La nouvelle en vidéo

C’est à Rome, le 16 octobre 1978, que Karol Wojtyla, un Polonais âgé de 58 ans, est devenu le pape Jean-Paul II. Né le 18 mai 1920 à Wadowice, sa nomination a causé tout un émoi au sein de l’Église catholique.

D’abord, parce qu’il s’agissait du premier Pape non-italien depuis presque 500 ans; ensuite, parce qu’il était le plus jeune souverain pontife en plus d’un siècle; et finalement, parce qu’il était le premier Pape originaire d’Europe de l’Est de toute l’histoire.

Celui qui a révolutionné le monde à sa façon avait pourtant une toute autre carrière en tête. Il rêvait de monter un jour sur les planches d’un théâtre. C’est ainsi qu’en 1938, il devient comédien amateur à l’Université de Cracovie. Mais les atrocités de l’occupation nazie, pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont fait naître en lui le sens du sacerdoce.

Sa famille

Enfant, Karol Wojtyla a dû traverser de nombreuses épreuves.

Le jeune Karol n’a pas encore 9 ans quand sa mère meurt, le 13 avril 1929. Le 5 décembre 1932, à 13 ans, il perd son frère, étudiant en médecine, qui succombe à la scarlatine. Karol Wojtyla avait également une soeur qu’il n’a jamais connue, étant décédée six ans avant sa naissance.

Le 18 février 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, Karol Wojtyla perd son père, Carol, un officier de l’armée autrichienne. Il se retrouve donc très tôt, à 21 ans à peine, seul dans la vie, sans famille.

La Seconde Guerre mondiale

Les études de Karol Wojtyla ne se font pas dans un climat normal. En effet, la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, ce qui l’oblige à effectuer la majorité de ses études universitaires dans la clandestinité. En octobre 1942, il entre au séminaire clandestin de Cracovie, créé par le prince archevêque Adam Stefan Saphieha.

Travail obligatoire le jour à l’usine Solvay, sous supervision nazie, Karol Wojtyla étudie théologie et philosophie à l’université pendant la nuit, menant ainsi une vie polonaise à risque pendant l’occupation nazie.

Le 6 août 1944, il échappe à la Gestapo. Il était considéré comme un résistant culturel par son travail d’acteur dans un théâtre clandestin.

Cheminement dans l’Église catholique

En 1946, à 26 ans, un an après la libération de la Pologne par l’armée soviétique, Karol Wojtyla est ordonné prêtre. À ce moment, il se rendra à l’étranger pour diverses formations. Il voyage donc pendant 18 mois, à Rome, Paris, Marseille, Lourdes. Il rédigera pendant ce temps sa thèse sur la foi selon Jean de la Croix. À son retour à Cracovie, la Pologne est communiste, laissée aux mains de Staline. Pendant plus de 30 ans, il luttera sur le terrain contre un pouvoir et une idéologie qui tenteront par tous les moyens de limiter la liberté de pensée et d’action de l’Église.

Il monte rapidement les échelons au sein de l’Église catholique. Il a été ordonné évêque en 1958 et nommé archevêque en 1964. À 46 ans, en 1967, il est nommé cardinal. Élu Pape en 1978, il choisit le nom de pontife de Jean-Paul II, pour continuer le bref pontificat de son prédécesseur, Jean-Paul 1er, qui meurt après seulement 33 jours de règne. Comme ce dernier, il désirait ainsi exprimer son amour pour l’héritage des papes Jean XXIII et Paul VI. Pour ses armoiries, Jean-Paul II a choisi la croix dorée sur fond d’azur et le «M» de la vierge Marie comme sa devise personnelle (Totus tuu : Tout à toi Marie) montrent bien son attachement au Christ et à la Vierge. Ces armoiries non conventionnelles ont donné lieu, à l’époque, à des commentaires de la part de certains experts en héraldique.

Sans relâche, il condamne ouvertement le régime communiste et la suppression des libertés. C’est un message qu’il s’est d’ailleurs empressé de livrer à la grandeur de la planète et ce, tout au long de son pontificat. Car Jean-Paul II fut incontestablement un grand voyageur. Aussitôt élu, le souverain pontife retourne dans son pays natal afin d’appuyer l’action du Syndicat Solidarité jusqu’à ce que tombe le régime communiste. Du même souffle, il entreprend une tournée mondiale pour les droits de la personne.

Sa croisade le mène dans 125 pays sur tous les continents, afin de prêcher la dignité humaine et les libertés individuelles. Mais en même temps, il rejette toutes les demandes de modernisation des règles de l’Église fondées sur la morale du XXe siècle: autant il exerce une pression constante sur les leaders politiques du monde entier, autant il reste inflexible devant les remises en question dans ses propres règles.

Ainsi, il dit non à l’ordination des femmes, au mariage des prêtres, au divorce, à l’homosexualité et à la contraception.

Tentative d’assassinat

Rien ne l’ébranle, pas même une tentative d’assassinat le 13 mai 1981. Caché dans la foule, place Saint-Pierre, le terroriste turc Mehmet Ali Agça fait feu sur le Pape et l’atteint à l’abdomen. La rumeur a attribué ce crime aux communistes, mais jamais son auteur ne s’est confessé.

Affaibli par ses blessures, épuisé par ses voyages et vieillissant, le Pape se retrouve dans les années 1990 avec une santé chancelante. Les alertes médicales se multiplient et on doute de plus en plus de sa capacité à continuer de diriger l’Église.

Mais, jusqu’au bout, il s’acharne à démontrer le contraire, voyageant encore et encore, présidant toutes les cérémonies et préparant, en compagnie de ses cardinaux, les grandes orientations de l’Église à l’approche du troisième millénaire.

Jean-Paul II tentera aussi de rapprocher les grandes religions, avec un succès néanmoins mitigé. Reste que sa reconnaissance des torts de l’Église catholique dans la persécution des Juifs est déjà passée à l’histoire.

Oeuvres

On se souviendra aussi de lui comme le Pape qui a béatifié et canonisé plus que tous ses prédécesseurs. Ainsi, au cours des 26 ans de pontificat de Jean-Paul II, il a procédé à 14 encycliques, 482 canonisations. Il a présidé 145 cérémonies de béatification pour un total de 1330 bienheureuses et bienheureux. En neuf consistoires, il a ordonné 232 cardinaux. Ses nominations représentent 90% du Collège sacré actuel.En 25 ans de pontificat, plus de huit millions de pèlerins sont passés par le Vatican. Au total, Jean-Paul II a rencontré plus de 300 millions de personnes, que ce soit à Rome ou lors de ses voyages autour du monde.

Il a servi le troisième plus long pontificat de l’histoire, avec 26 ans et demi. Saint-Pierre avec environ 35 ans (les dates ne sont pas connues avec précision) et Pie IX avec 31 ans et demi (21 juin 1846 au 7 février 1878) sont les deux seuls à l’avoir dépassé.

Communicateur chevronné, homme de médias et personnage charismatique, Jean-Paul II a su rassembler les foules comme bien peu de ses prédécesseurs. Il a conquis le coeur des fidèles et séduit les médias du monde entier. Il a été l’une des personnalités les plus médiatisées au monde.

Si certains aspects de son enseignement ont rencontré de la résistance, ses convictions l’ont toujours emporté. Il a donné l’image d’une Église présente et sensible.

Karol Wojtyla a quasiment réinventé la papauté, sans toutefois déroger à la plus pure tradition catholique. Il lègue tout de même une Église bien différente de celle dont il a hérité, il y a de cela un quart de siècle.

Les principales dates de la vie de Jean-Paul II

Voici les grandes dates de la vie et du pontificat de Jean-Paul II:

- 18 mai 1920: Karol Joseph Wojtyla naît à Wadowice, dans le sud de la Pologne

- 1er novembre 1946: ordonné prêtre

- 28 septembre 1958: évêque auxiliaire de Cracovie

- 8 mars 1964: évêque de Cracovie

- 28 juin 1967: élevé au rang de cardinal par Paul VI

- 16 octobre 1978: devient le premier pape polonais de l'histoire et le premier souverain pontife non-italien depuis 455 ans

- 25 janvier 1979: premier voyage à l'étranger, qui le conduit en République dominicaine, au Mexique et aux Bahamas

- 2 juin 1979: première visite en Pologne depuis son élection à la tête de l'Église catholique. Un voyage qui encourage l'opposition au régime communiste polonais

- 13 mai 1981: attentat place Saint-Pierre. Le jeune Turc Mehmet Ali Agça tire sur le pape, le blessant grièvement à l'abdomen et plus légèrement à la main gauche

- 15 septembre 1982: il reçoit au Vatican le dirigeant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, provoquant les critiques d'Israël et d'organisations juives

- 13 avril 1986: visite historique à la principale synagogue de Rome

- 1er décembre 1989: il reçoit Mikhaïl Gorbatchev au Vatican. Première rencontre de l'histoire entre un pape et un maître du Kremlin

- 1er mai 1991: publie sa première encyclique sur les questions sociales depuis la chute du communisme en Europe de l'Est, exprimant un soutien réservé au capitalisme et appelant les riches à ne pas profiter des pauvres

- 15 juillet 1992: opération pour une tumeur bénigne au côlon. Il quitte l'hôpital le 28 juillet

- 4 au 10 septembre 1993: se rend pour la première fois dans l'ex-Union soviétique (visite en Lituanie, Lettonie et Estonie).

- 5 octobre 1993: publie l'encyclique Veritatis Splendor (splendeur de la vérité) sur l'enseignement moral de l'Église

- 30 décembre 1993: signature d'un accord établissant des relations officielles entre Israël et le Vatican

- 19 octobre 1994: publication de son livre Entrez dans l'espérance - 3 mars 1995: il publie l'encyclique Evangelium Vitae (Évangile de la vie) et condamne le développement de la «culture de la mort», terme visant notamment l'avortement, l'euthanasie et les recherches scientifiques sur les embryons humains

- 10 mars 1997: le Vatican noue des relations diplomatiques avec la Libye, malgré les objections des États-Unis

- 21 au 26 janvier 1998: visite dans l'île castriste de Cuba

- 16 mars 1998: le Vatican publie le document Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah, qui exprime des remords pour la lâcheté de certains chrétiens durant la Seconde Guerre mondiale mais défend le comportement de Pie XII, pape au moment du conflit

- 19 octobre 1998: célèbre ses 20 ans de pontificat et demande que l'on prie pour l'aider à accomplir sa mission «jusqu'à la fin» - 24 décembre 1999: inaugure le jubilé de l'an 2000 de l'Église catholique en ouvrant la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre

- 20 au 26 mars 2000: lors de son premier voyage en Terre sainte, il dépose une demande de pardon au mur des Lamentations à Jérusalem pour «le comportement de ceux» qui ont infligé des souffrances aux juifs

- 3 septembre 2000: il béatifie le très controversé pape Pie IX, accusé par certains d'antisémitisme. Une des décisions les plus critiquées de son pontificat

- 4 mai 2001: devient le premier pape à visiter la Grèce depuis le schisme avec les orthodoxes et fait acte de contrition pour les «péchés par action et par omission» commis par les catholiques à l'encontre des orthodoxes

- 23 avril 2002: convoque les cardinaux américains pour évoquer les scandales de pédophilie qui éclaboussent l'Église aux États-Unis, et affirme qu'il n'y a pas de place dans le clergé pour ceux qui abusent des enfants

- 17 mai 2003: un cardinal confirme dans un quotidien que le pape souffre dans la maladie de Parkinson

- 5 au 9 juin 2003: le pape fait son 100e voyage à l'étranger à l'occasion d'un déplacement en Croatie

- 31 juillet 2003: le Vatican lance une campagne mondiale contre le mariage homosexuel

- 16 octobre 2003: Jean-Paul II célèbre ses 25 ans de pontificat

- 1er au 10 février 2005: il est hospitalisé à l'hôpital Gemelli à Rome pour une grippe avec des complications respiratoires.

- 24 février-13 mars: nouvelle hospitalisation. Il subit une trachéotomie en raison de difficultés respiratoires dues à une rechute de la grippe

- 27 mars: malgré ses efforts, il ne parvient pas à parler lors de la bénédiction pascale Urbi et Orbi

- 30 mars: il fait sa dernière apparition à la fenêtre de ses appartements

- 31 mars: son état de santé se détériore à nouveau à la suite d'une infection urinaire suivie d'un choc septique et d'un arrêt cardiaque.

En vidéo 1, regardez la biographie du pape Jean-Paul II, telle que présentée par Guy Lalonde.

En vidéo 2, un retour sur l’attentat contre le Pape par Richard Olivier.