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Tuerie de Fort Hood - Une tragédie précédée de signes avant-coureurs

PC

Tuerie de Fort Hood

Une tragédie précédée de signes avant-coureurs

Mise à jour : 08/11/2009 13h44
 

(AP) - Plusieurs jours après la tuerie de Fort Hood (Texas), les langues ont commencé à se délier ce week-end. Plusieurs proches du psychiatre militaire Nidal Malik Hasan, auteur présumé des coups de feu qui ont tué jeudi 13 personnes et blessé 29 autres, affirment désormais qu'il n'était pas sa place au sein de l'armée américaine. Il ne semblait toutefois entretenir aucun lien avec une organisation terroriste.

De sa justification des attentats-suicides à ses commentaires sur le climat de persécution que subissent les musulmans servant dans l'armée, le jeune psychiatre d'origine palestinienne montrait manifestement des signes de souffrance.

À son arrivée à Fort Hood, plus grande base militaire américaine, le commandant Hasan était partagé sur ce qu'il devait dire à ses coreligionnaires sur les combats en Irak et en Afghanistan. Il s'en était ouvert à l'imam Osman Danquah, dirigeant islamique local. «Je lui ai dit: 'tu ne vas pas bien’, s'est souvenu Danquah, interrogé samedi par l'Associated Press. Je n'avais pas le sentiment qu'il parlait en son nom, mais quelque chose ne semblait pas tourner rond.»

Selon cet imam de la communauté de Killeen (Texas), la hiérarchie de Hasan ne pouvait ignorer ses doutes, qui étaient connus depuis plus d'un an par d'autres élèves du programme médical militaire qu'avait suivi le jeune psychiatre, âgé de 29 ans. Plusieurs de ses camarades s'étaient plaints de sa «propagande antiaméricaine » mais s'étaient gardés d'engager une action contre lui de crainte d'être accusés de discrimination à l'égard d'un musulman.

Alors qu'une cérémonie funéraire était programmée pour mardi en présence du président Barack Obama, les enquêteurs militaires continuaient samedi à considérer Hasan comme l'unique suspect de la tuerie de jeudi, sans toutefois préciser les charges qui seraient retenues contre lui. «Nous n'avons pas encore établi à cette heure le motif de la fusillade», a expliqué le porte-parole de l'équipe d'investigation criminelle, Chris Grey. De source gouvernementale ayant requis l'anonymat on précisait qu'un premier examen de l'ordinateur du psychiatre n'avait pas permis d'établir un lien quelconque avec un groupe terroriste ou une personne l'ayant conduit à agir de la sorte.

S'il se révèle que cet accès de violence est le fait d'une seule personne, il semble plus probable que Hasan ait à répondre de ses actes devant la justice militaire que devant un tribunal fédéral.

Un autre porte-parole militaire, le colonel John Rossi, a fait savoir samedi que Hasan n'était plus placé sous respiration artificielle, mais devait rester en soins intensifs. Il a ajouté qu'il ignorait si le suspect, transféré au centre médical Brooke de San Antonio (Texas), à 240km au sud-ouest du lieu du drame, était en mesure de communiquer.

Dans l'attente d'un éventuel témoignage du suspect lui-même, l'un de ses frères a fait le portrait d'un homme parfaitement incapable de mener une telle attaque, un médecin dévoué et un musulman pieux. «Je sais que mon frère Nidal est quelqu'un de pacifique, aimant et soucieux des autres, qui montre un grand intérêt pour la médecine et l'assistance aux autres», a expliqué Eyad Hasan, qui vit à Sterling (Virginie). D'autres personnes que connaissait Hasan se souviennent d'un voisin agréable, qui avait pardonné à un soldat d'avoir arraché du parechoc de sa voiture un autocollant proclamant «Allah est amour».

Un de ses supérieurs au centre médical Darnall de Fort Hood, le colonel Kimberly Kesling, a décrit un homme calme, avec une solide éthique professionnelle, qui soignait bien ses patients. Toutefois, dans les jours qui ont précédé son acte de folie, une autre identité lui est apparue, celle d'une personne opposée à toute force aux guerres menées par les États-Unis en terres musulmanes, qui tentait d'échapper à son envoi en Afghanistan fin novembre. «Rétrospectivement, je ne suis pas surpris qu'il l'ait fait», a confié le Dr Val Finnell, l'un des anciens camarades de formation de Hasan, qui avait assisté à un exposé du suspect dans lequel il «justifiait les attaques suicides» et soutenait que la guerre des États-Unis contre le terrorisme était «une guerre contre l'Islam».

Bernard Rotsker, spécialiste du recrutement pour l'armée à Rand Corp., a indiqué qu'en l'absence de points noirs dans son dossier, Hasan avait été promu, car «nous manquons d'officiers, notamment à ce niveau de commandant ou de lieutenant-colonel, à cause de la guerre, et nous n'avons pas assez de psychiatres».