Depuis le début de la semaine, les partis d'opposition tentent de coller le scandale des commandites au dos de M. Martin. La journée de jeudi n'a pas fait exception, alors que le premier ministre a une nouvelle fois dû se défendre et répondre aux attaques liées au scandale des commandites.
Tour à tour, bloquistes et conservateurs ont enfoncé leur clou habituel, et le gouvernement leur a servi les mêmes arguments pour se défendre, l'affrontement ayant de plus en plus des allures électorales. Vingt-quatre heures après s'être fait poser la question par les conservateurs, Paul Martin a affirmé du bout des lèvres, jeudi, qu'il n'a jamais pris de repas avec l'ancien président de Groupe Everest pour discuter d'un contrat de publicité.
La veille, le premier ministre avait évité de répondre à la question du chef conservateur, Stephen Harper, qui a tenté à quelques reprises de savoir s'il avait déjeuner avec Claude Boulay pour discuter du contrat du projet Attractions Canada, comme l'a affirmé un témoin devant la commission d'enquête sur le programme de commandites.
| Jean Lapierre a accusé les partis d'opposition de vouloir déclencher des élections sans avoir l'ensemble des faits devant eux, et contre la volonté de la population. |
«Mais il aurait pu le dire depuis longtemps, a ajouté M. Duceppe. Je trouve ce spectacle un peu pitoyable, il aurait pu dire non dès le début.»
Toute la journée de débats aux Communes, jeudi, s'est déroulée sur fond de scandales de commandites, gracieuseté de la motion du Bloc québécois invitant le gouvernement à forcer le Parti libéral du Canada (PLC) à placer «l'argent sale» dans une fiducie.
«Si le premier ministre a du courage, qu'il cesse de se cacher derrière la Commission Gomery et qu'il remette l'argent sale dans une fiducie jusqu'au terme des travaux de la commission. C'est ce que veulent les citoyens», a martelé Michel Gauthier, leader du Bloc en Chambre.
Si la motion est adoptée aux Communes, les règles parlementaires n'obligent pas les libéraux à agir pour la respecter. Et les libéraux ne semblent pas prêts à se plier aux demandes des partis d'opposition.
«On va voter contre la motion du Bloc», a fait valoir le ministre des Transports et lieutenant politique du Québec, Jean Lapierre, rappelant que le parti n'a pas trouvé trace des montants d'argent mentionnés devant la Commission Gomery.
«Est-ce qu'il y a des gens qui auraient ramassé (de l'argent) et se seraient trompés de poche? On ne le sait pas.»
C'est pourquoi le premier ministre Martin, ainsi que ses ministres et députés, ont répété qu'il valait mieux attendre le rapport du juge John Gomery avant de tenir des élections.
Réactions des Québécois du PLC
«Quand j'entends des espèces de petits matamores dire “On va aller en élections!”, je leur réponds: Ah oui? Ce n'est pas parce que vous voulez la vérité», s'est exclamé M. Lapierre, lors d'un discours aux Communes.
Poursuivant sur sa lancée, il a accusé les partis d'opposition de vouloir déclencher des élections sans avoir l'ensemble des faits devant eux, et contre la volonté de la population.
Les sondages donnent, sur cet aspect, raison aux libéraux. Tous les sondages réalisés depuis une semaine indiquent clairement qu'une majorité de Canadiens préfèrent que les élections n'aient lieu qu'après le dépôt du rapport du commissaire Gomery.
Mais à la merci des partis d'opposition et devant ce qui semble presque inévitable, l'équipe de M. Martin se prépare à des élections printanières.
Au Québec, les libéraux s'attellent à la tâche du recrutement de candidat et du financement. Le lieutenant du Québec a d'ailleurs candidement admis, jeudi, que la section québécoise du PLC était «cassée» et mènera la prochaine campagne électorale «sur la marge de crédit».
«Il n'y a pas d'argent souillé dans les coffres, il n'y a même pas de coffre», a illustré M. Lapierre, notant que le parti «est en campagne de financement, au moment où on se parle».
En vidéo, regardez le reportage de Lina Dib.