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Il recevait un pourcentage sur les contrats qu'il allait chercher à Ottawa pour Polygone et Expour, touchait une commission de Groupaction relativement à ces mêmes contrats et savait manifestement à quelles portes frapper pour transformer un refus de Travaux publics Canada en approbation, et cela en un temps record.
Il a même fait en sorte que les commandites gérées par Groupe Everest au profit de Polygone et Expour passent aux mains de Groupaction, malgré l'existence d'un contrat ferme de trois ans liant Polygone et Expour à Everest.
Pour y arriver, il a dit s'être adressé à Charles Guité, le fonctionnaire responsable du programme des commandites.
Il s'est toutefois trouvé des occasions où Jacques Corriveau a travaillé bénévolement. Il n'a pas facturé le travail de conception fait pour la mise au point des balles de golf portant la signature de son ami Jean Chrétien.
Et tout en se reconnaissant bon vendeur de billets pour des activités partisanes du Parti libéral du Canada (PLC), jamais, a-t-il juré, il n'a demandé aux dirigeants des agences et compagnies reliées aux commandites de faire des contributions au PLC.
À toutes les fois où il en a eu l'occasion dans son témoignage, M. Corriveau s'est décrit «comme un simple vendeur de billets» pour des activités partisanes libérales. Mais voilà qu'en fin de journée, baissant la garde, il a dit qu'au moment où il a atteint 60 ans, il en a maintenant 72, il en a probablement eu assez de vendre de tels billets.
Pour expliquer sa longueur d'avance dans l'obtention de commandites, M. Corriveau a reconnu que son militantisme et sa proximité avec le milieu politique l'avaient favorisé. «Je suis bien au courant de tout l'appareil gouvernemental canadien ayant œuvré politiquement parlant à l'intérieur du parti, on connaît tous les ministères», a-t-il déclaré. «J'étais au courant qu'il y avait des commandites et que le responsable était M. Guité».
«Le programme n'a pas été annoncé avant 2000. Il n'était pas généralement connu qu'existait cette initiative», a commenté le commissaire Gomery.
M. Corriveau a répliqué que ses allées et venues dans les milieux politique, publicitaire et du PLC lui montraient que des gens étaient au courant, sans fournir plus de précisions.
Il a rejeté vertement la suggestion faite par le procureur de la commission, Bernard Roy (petite photo), voulant qu'il ait participé à une réunion du cabinet, en 1996, présidée par M. Jean Chrétien, où il a été question d'une stratégie à mettre en place, à la suite des résultats serrés du référendum de 1995 au Québec.
Quoi qu'il en soit, le témoin a dit être allé chercher une première commandite de 450 000 $ pour Expour et Polygone, entreprises de Luc Lemay.
Par la suite, MM. Lemay et Corriveau ont convenu d'une entente, une commission de 17,5 pour cent versée à Jacques Corriveau sur les contrats de commandites qu'il décrochait en faveur de Polygone et Expour. C'était en 1997. Ce premier contrat pour le Salon du grand air de Montréal était géré par Groupe Everest. Et voilà qu'en 1998, le gestionnaire des commandites de Polygone et Expour est devenu la firme Groupaction de Jean Brault.
Un contrat exclusif existait pourtant entre Everest et les entreprises de Luc Lemay, d'une durée de trois ans, pour 1997, 1998 et 1999.
Selon le témoin, Jean Brault lui a offert de lui verser 1,2 pour cent de sa commission (qui était de 12 pour cent du montant des commandites d'Expour et Polygone) «afin que je puisse convaincre qui de droit à ce que Groupaction puisse prendre la relève», comme le mentionnait M. Corriveau dans une lettre.
Malgré d'importants efforts, ni le commissaire ni Me Roy n'ont réussi à savoir qui se cachait sous «qui de droit».
| Corriveau connaissait la voie à suivre pour qu'un refus de commandites soit levé. |
«Vous étiez mieux placé», a repris Me Roy. «J'étais mieux placé sur le plan professionnel, s'est-il repris, en raison de mes capacités de vendeur et mes moyens de conviction», a-t-il dit.
Finalement, les travaux de la commission ont permis de montrer que Jacques Corriveau connaissait la voie à suivre pour qu'un refus de commandites soit levé et qu'une approbation soit donnée.
À deux reprises, il a réussi. Une fois en faveur de «Chants libres» qui a finalement obtenu une commandite de 5000 $ et la seconde fois en faveur du «Théâtre Lyrochorégra» qui a décroché 15 000 $. M. Corriveau a plaidé que les montants en cause n'étaient pas très importants. «Ces montants ne sont peut-être pas très importants, mais il faut parler des principes», lui a servi le commissaire.
Relativement à la seconde commandite, la commission a déposé une lettre d'Alain Nonat directeur général et artistique du Théâtre Lyrochorégra adressée au député libéral Bernard Patry, de Dollard-des-Ormeaux dans laquelle on peut lire: «Grâce à un de nos amis Jacques Corriveau, nous avons obtenu une aide du ministre des Travaux publics de 5000 $... et un peu plus loin: M. Corriveau qui suit notre dossier au fédéral pourra vous dire à quelles autres instances il s'est adressé.» Il a été impossible de savoir quelles pouvaient bien être les «autres instances».En vidéo, écoutez les explications d'Emmanuelle Latraverse.